*** L'invasion de 1914 ***

 

Quarante-quatre ans plus tard, le même jour qu'en 1870, le 4 septembre 1914, les avant-gardes allemandes pénétraient à nouveau dans Reims. La ville ne devait pas être défendue.
Cependant le détachement d'armée, mis le 29 août sous les ordres du général Foch et intercalé entre les 4e et 5e armées, s'opposa pendant quelques jours à l'avance allemande.
Le 30 août, la 42e division venant de l'est, débarqua à Reims et alla prendre position le 31 à Sault-saint-Rémy et Saint loup en champagne. Elle était à la gauche des 9e et 11e corps.
Le 1er septembre, le général Foch résista sur la Retourne, mais, dans la soirée, conformément aux ordres généraux, se replia sur la Suippe.
Le 2, la ville était encore couverte par le 10e corps dont les éléments occupaient le fort de Saint-Thierry, par la 42e division disposée vers Brimont et le nord du champ d'aviation, et, à l'est, par les 9e et 11e corps.
Le 3, la retraite vers la Marne se précipita, la ville fut abandonnée.
Le 5 septembre, le prince Auguste-Guillaume de Prusse entra dans la ville et s'installa au Grand-Hôtel. Les Allemands demandèrent aussitôt 50.000 kilos de viande, 20.000 kilos de légumes, 100.000 kilos de pain, 50.000 kilos d'avoine, 60.000 litres d'essence, de la paille et du foin ; ils exigèrent le versement immédiat d'un million de francs, en garantie de l'exécution des réquisitions.
Cette contribution d'un million fut payée, dans l'après-midi, après réclamation et menaces de l'ennemi.
Dès le 6, les soldats allemands se livrèrent, en plusieurs endroits au pillage ; l'entrepôt des tabacs, 21, rue Payen, fut notamment mis à sac et plus de 700.000 francs de cigares et de tabac furent volés. Les jours suivants, le pillage des boutiques d'alimentation, surtout, continua.
Le 9, la Kommandantur réquisitionna des civils pour aller enterrer les morts du côté de Rethel, d'Epernay et de Montmirail.
Le 11, le kronprinz arriva à Reims et descendit au Grand-Hôtel où le rejoignit le prince Henri de Prusse, frère de l'empereur Guillaume.
Le 12, à neuf heures du matin, les Allemands inquiets de l'approche des troupes françaises victorieuses sur la Maine, arrêtèrent le maire, Dr Langlet, Mgr Neveux, coadjuteur de Reims, l'abbé Camus, firent dresser une liste de 100 otages et menacèrent la population de pendre les otages, à la moindre tentative de désordre, de brûler entièrement ou partiellement la ville et de pendre les habitants, si quelque Rémois touchait à leurs soldats. Toute la journée, les Allemands, au lieu d'organiser la résistance, déménagèrent à la hâte, en pillant. Dans l'après-midi, le kronprinz et sa suite quittèrent le Grand-Hôtel. A cinq heures, après avoir incendié le parc à fourrages, la Kommandantur sortit, à son tour, de Reims, par la route de Rethel, sous une pluie torrentielle, suivie des 100 otages qui ne furent relâchés qu'au passage à niveau de Witry-les-Reims. Quand ceux-ci revinrent à Reims, une patrouille du 6e chasseurs à cheval français était déjà entrée dans la ville par le faubourg Sainte-Anne. Le lendemain matin, vers six heures, les troupes françaises, le 6e chasseurs à cheval en tête, pénétraient dans Reims, par la rue de Vesle. A une heure de l'après-midi, le général Franchet d'Esperey, commandant la 5e armée, entrait à son tour dans la ville délivrée.